Le faux départ qui a tout appris
L’honnêteté d’abord : le démarrage a raté. L’envie de bien faire a produit un fichier d’instructions trop chargé, une architecture pensée à l’avance et injectée à l’IA. Résultat : l’agent repartait de zéro à chaque composant, réinventait le design, mélangeait les technologies. Le problème n’était pas l’IA. Elle a généré exactement ce qu’on lui avait donné.
La correction est venue de la tech, et pas après coup : le tech lead a structuré avant. Instructions découpées par dossier et par feature, moins de 200 lignes chacune, conventions de nommage, règles de test. Le principe qui en ressort tient en une phrase : cadrer avant de générer. Le fichier d’instructions n’est pas de la documentation, c’est de l’infrastructure.
Un système à trois couches, pas une vigilance
La méthode tient parce qu’elle ne repose sur aucune vigilance manuelle, qui finirait par céder. Trois couches la portent.
Les instructions écrites d’abord : une quinzaine de fichiers hiérarchiques, chargés en cascade selon le contexte, avec une source unique pour la vision produit et une pour le design system. Les garde-fous automatisés ensuite : chaque commit passe par une vérification de conventions, un hook de pre-commit (types, lint plafonné), un hook de pre-push (tests, build), et la CI rejoue la même barrière en aval. La visibilité enfin : un playground local qui rend chaque écran en quelques secondes, des tests, et des agents de review spécialisés qui challengent conventions, sécurité et dette.
À l’intérieur de ce cadre, le trajet d’une feature suit neuf étapes validées, du ticket à la production, avec une décomposition systématique avant la première ligne : fichiers cibles, états à couvrir, questions bloquantes. L’IA accélère le trajet. Elle ne décide jamais du cap.
Une règle d’écriture complète le dispositif côté front : le composant du design system d’abord, du custom seulement quand le système ne couvre pas le besoin, et alors marqué d’un commentaire greppable dès la première ligne. Gouvernance simple, applicable par recherche de texte, qui garde un produit assisté par IA maintenable et auditable.
Coder, c’est concevoir
Le déplacement le plus profond n’est pas dans l’outillage, il est dans le geste design. L’itération ne se fait plus sur une maquette, elle se fait sur l’écran réel : une intention cadrée, une proposition de l’IA déjà dans le design system, puis l’ajustement en direct de la hiérarchie, de la densité, de la clarté, jusqu’à l’arbitrage final. Figma n’a pas disparu, il est revenu à sa juste place : les décisions qui méritent une maquette, et seulement elles.
Ce n’est pas sauter l’étape design. C’est la déplacer dans un médium plus exigeant : on juge sur le rendu vrai, pas sur une maquette qui ment toujours un peu.
Dernier enseignement, presque en passant : l’agent de code a changé à mi-parcours, pour un arbitrage de disponibilité et de coût, puis a rechangé. Aucune de ces bascules n’a modifié la méthode. C’est peut-être le meilleur test d’une pratique d’orchestration : si elle survit au changement d’outil, c’est qu’elle existe vraiment.
Ce qui reste à prouver
La méthode est devenue un référentiel : quinze dimensions auto-évaluables, du contexte produit à la gouvernance du design system, instanciées sur d’autres équipes, chacune à sa maturité. Et le test est devenu réel à l’été 2026 : sa créatrice est partie, le système reste. Les instructions, les garde-fous, le référentiel et les instances continuent sans la personne qui les a construits, et c’était le critère depuis le début : une pratique qui ne tient que par sa créatrice n’est pas une méthode. Les chiffres de ce rapport, eux, sont déjà là : ils se montrent volontiers, en direct.