Une promesse au-dessus de sa donnée
Perfect Match promet au marchand de décrire son projet pour recevoir les
bonnes agences, au lieu de chercher seul dans une liste. Derrière la
promesse, un héritage : des fiches agences issues d’une migration depuis
l’ancien outil partenaires, des services mappés automatiquement, des champs
vides. Les explorations produit qui ont précédé convergeaient sur le même
constat : le déficit de confiance existe des deux côtés. Le marchand veut
des preuves au moment de choisir ; l’agence apparaît sur des projets hors
de son calibre, sur la base d’une fiche qu’elle n’a jamais construite. Ce
déficit ne se règle pas avec un filtre de plus. Il se règle en décidant ce
que le produit peut promettre avec la donnée dont il dispose vraiment.
Reprendre, hiérarchiser, nommer le désaccord
La discovery avait été arrêtée en cours de route six mois plus tôt. Sa
reprise a d’abord été un recadrage. La lecture initiale faisait du parcours
marchand le sujet : un brief, une page de résultats, un algorithme.
Insuffisant : sans donnée agence fiable, ce parcours promet un match qu’il
ne peut pas tenir. Le cycle a donc été cadré sur deux cas d’usage
indissociables et hiérarchisés : le parcours marchand, dérisqué en priorité
parce qu’il porte la promesse, et la donnée agence, instrumentée parce
qu’elle seule peut la tenir. Deux populations d’agences ont été distinguées
dès ce cadrage : l’agence historique, dont la fiche migrée doit être
réappropriée avant tout matching, et la nouvelle agence, qui construit la
sienne de zéro.
Ce cadrage a fait remonter un désaccord réel : la donnée migrée était-elle
fiable ? Une lecture disait oui, les fiches sont largement remplies.
L’autre disait non, remplie ne veut pas dire validée, et matcher sur du
déclaratif non confirmé revient à matcher sur du bruit. Plutôt que de
trancher au feeling, la divergence a été inscrite comme telle au journal de
décisions du chantier, avec un arbitrage sur pièces par la personne qui a
accès à la donnée. Un désaccord nommé vaut mieux qu’un consensus mou : dans
six mois, l’équipe saura pourquoi la règle a été posée, pas seulement
laquelle.
L’audit avant les écrans
L’intuition de départ voulait qu’un bon matching exige de nouveaux champs :
taille de projet gérée, budget, disponibilité. Il suffisait de demander aux
agences de les remplir. Cette hypothèse méritait d’être vérifiée avant de
dessiner quoi que ce soit. Chaque signal disponible ou envisagé a donc été
passé en revue et classé en trois familles : les filtres éliminatoires qui
excluent du pool, les critères de pertinence qui classent, les critères de
départage qui tranchent entre bons candidats. Et pour chacun, quatre
questions : la donnée existe-t-elle, d’où vient-elle, est-elle prouvée ou
déclarative, que se passe-t-il quand elle manque.
La décision qui a renversé le plan
Le résultat contredisait le plan. Les champs posés au départ étaient les
plus fragiles de la matrice : déclaratifs, invérifiables, et la
disponibilité se périme en quelques semaines. À l’inverse, des signaux déjà
prouvés dormaient dans l’existant : le classement de l’annuaire, le niveau
d’expertise attribué par le programme, les certifications vérifiées.
Le dilemme était posé. Première option : attendre la nouvelle donnée,
demander aux agences de remplir les champs manquants, et lancer un matching
riche sur du déclaratif dont la fiabilité resterait invérifiable. Seconde
option : lancer plus sobre, uniquement sur la donnée prouvée, en assumant
un matching moins fin mais dont chaque règle se défend. Le raisonnement a
tenu en une question : que rencontrera le marchand au lancement ? Avec un
stock de fiches incomplètes, un matching exigeant en donnée exclut des
agences pour une migration qu’elles n’ont pas choisie, et vide les pages de
résultats.
La décision : la première version tourne exclusivement sur la donnée
prouvée existante, et les champs déclaratifs n’arrivent qu’ensuite, en
affinage. Une règle par défaut complète le dispositif : une donnée absente
donne un score neutre et n’exclut jamais, hors filtres durs. Conséquences
directes : le lancement ne dépend plus d’une collecte encore hypothétique,
la réappropriation de la fiche migrée devient le point de départ du
parcours agence, et les cas limites deviennent des écrans à concevoir en
premier.
Des écrans prouvés comme la donnée
La même logique a été appliquée à la conception. Une maquette aurait montré
le parcours où tout va bien : trois belles agences, des profils complets,
un match évident. La réalité du lancement, c’est de la donnée incomplète,
des zones presque vides, des briefs sans correspondance. Les deux parcours
ont donc été construits en playground jouable dans le dépôt du produit, en
Vue avec PUIK, le design system open source de PrestaShop. Claude Code a
produit les écrans dans un cadre défini au préalable ; la direction design,
les arbitrages et la revue sont restés humains. Quand un composant manquait
au design system, il devenait un candidat proposé au système plutôt qu’une
divergence locale : on ne consomme pas un design system, on l’alimente.
La page de résultats s’est conçue à partir des cas limites. Aucune agence
ne correspond au brief : l’écran le dit, propose d’élargir la recherche et
renvoie vers la liste complète. La shortlist est incomplète : elle affiche
ce qui existe, annonce le nombre, ne gonfle rien. Dans un deck de
maquettes, ces états sont les frames que personne n’ouvre. Dans un
playground, ce sont des situations sur lesquelles la revue bute, comme
buterait un marchand. La revue produit a changé de nature : l’équipe ne
commente plus une intention, elle éprouve un comportement.
Ce qui est acquis, ce qui reste à prouver
La feature est en vol. Des critères de succès sont posés sur la complétion
du brief, l’acceptation de la shortlist et la progression des fiches
agences, mais aucun chiffre d’adoption n’existe à l’heure d’écrire ces
lignes, et rien de plus ne sera avancé ici. Ce qui est acquis tient en
trois points : un modèle de pertinence dont chaque règle est traçable
jusqu’à un fait, un lancement calibré sur la donnée que le produit possède
vraiment, et une pratique de revue en playground qui déborde déjà ce
chantier pour devenir une habitude d’équipe. La question qui comptera dans
six mois n’est pas de savoir si les écrans étaient réussis : c’est de
savoir si la règle du score neutre a suffi à protéger la confiance pendant
que le stock de fiches se fiabilise.
Mon mandat s’est achevé en août 2026. Le chantier a été transmis avec ses
instruments : le playground rejouable, le journal de décisions, les
critères de succès posés. Une conception qui ne survivrait pas à ce
passage de main n’aurait pas mérité le mot.